La fin d'année des élèves de 3ème a été perturbée par l'annonce puis le retour en arrière concernant la mise en place d'un plafonnement par lycée du nombre d'élèves boursiers lors des affectations en classe de 2nde.

Nous y avons consacré plusieurs billets :

A ce jour, nous n'avons pas connaissance d'une quelconque communication officielle du Rectorat de Paris sur le sujet.

En revanche, les différentes informations obtenues concernant l'affectation des élèves boursiers au sein de quelques établissements du district Paris-Est appellent quelques commentaires.

 

Part des élèves boursiers affectés en classe de 2nde dans quelques établissements parmi les plus demandés :

Année

2015

2016

Hélène Boucher

40%

32%

Charlemagne

46%

38%

Sophie Germain

52%

32%

Turgot

40%

82%

 

Les affectations à Turgot ont fait couler beaucoup d'encre ces derniers jours. L’administration du lycée, les enseignants, les parents d'élèves se mobilisent pour dénoncer une situation « inique » contraire au principe même de mixité sociale que l'utilisation d'AFFELNET devrait normalement garantir.

 

Quelques réflexions sur cette situation et l'évolution de la part des élèves boursiers dans certains établissements.

  1. Nous avions relevé, avant l'éclatement de « l'affaire Turgot », qu'aucun élève du collège Charlemagne n'était affecté au lycée Turgot contre 1 l'année dernière et 10 en 2014. La tendance détectée les années précédentes s'est confirmée. Le lycée Turgot semble posséder un statut à part. L'anomalie des affectations de cette année confirme ce statut mais, compte tenu des réactions suscitées par cette nouvelle, il semble qu'il n'ait pas été partagé ni sur sa nature, ni sur ses objectifs !

  2. L'anomalie des affectations au lycée Turgot confirme que l'outil AFFELNET n'agit pas sans contrôle ni sans relecture de la part du Rectorat. Autrement dit, l'outil propose des affectations que le Rectorat confirme ou infléchit. D'autres anomalies ont été relevées pour les affectations 2016 on peut imaginer que le Rectorat n'y est pas étranger. Par conséquent, il est faux de se retrancher derrière un algorithme pour justifier les affectations des enfants de 3ème. D’autres considérations entrent en ligne de compte. Lesquelles ? Aucune réponse du Rectorat.

  3. Sur les 4 établissements pour lesquels nous avons réussi à obtenir l'évolution de la part des élèves boursiers au sein des affectations en classe de 2nde, on constate que pour trois lycées, le taux diminue entre 8 et 20 points alors qu’il double pour le lycée Turgot. Il semblerait que tous les établissements ne soient pas égaux devant AFFELNET ou que certains soient plus égaux que d'autres !

  4. Cette évolution du taux d'élèves boursiers interroge sur la mise en place discrète d'un plafonnement de leur nombre au sein de certains établissements. Tous n'ont pas eu le même plafonnement mais force est de constater que certains établissements ont, en partie, obtenu ce qu'ils demandaient (même si on est loin des 24% un temps envisagés) dans un souci d'équilibre des populations du lycée et de respect de la mixité sociale.
  5. Le Rectorat de Paris affirme utiliser AFFELNET pour promouvoir la mixité sociale. Mais quel sens le Rectorat donne-t-il à la mixité sociale quand il valide les affectations de cette année dans les quelques établissements étudiés ?

  6. Cyniquement, on pourrait imaginer que le Rectorat a choisi volontairement un établissement du centre de Paris pour concentrer un maximum d'élèves boursiers qui souhaitent rejoindre un lycée doté d'une bonne réputation dans le centre de Paris. De cette façon, il satisfait les demandes de parents tout en répondant aux attentes de certains établissements de réduire leur taux d'élèves boursiers. Une manière habile d'acheter la paix scolaire et sociale.

  7. Machiavélique, le Rectorat a peut-être laissé faire pour montrer les limites de l'outil afin de mieux déclencher sa refonte dans les prochains mois. Au détriment d’une promotion d’élèves de 2nde. Etait-ce bien nécessaire ? Les limites du système sont connues. Nous les relevons chaque année et proposons des solutions régulièrement. Le Rectorat et les Fédérations de Parents d'élèves s'arrangent de cette situation au détriment de l'intérêt, du bien-être et de la scolarité des enfants.

 

Mixité sociale un jour, mixité sociale toujours ?

C’est LA question à laquelle le Rectorat n’apporte aucune réponse et se refuse à tous commentaires.

Nous commençons, par recoupement, à réunir quelques informations.

  1. Chaque année, les lycées les plus demandés par les élèves boursiers accueillent une part non négligeable d’élèves dont le niveau scolaire est faible. Les moyennes de ces élèves, autour de 10 à 11, sont inférieures (jusqu'à 6 à 7 points) à celles des autres élèves de 2nde qui y sont affectés . Il est donc faux d’affirmer que seuls les meilleurs élèves boursiers intègrent les lycées les plus demandés.

  2. Par conséquent à l’issue de la seconde, chaque année ce sont entre 20 et 30 élèves qui sont en difficulté scolaire. Certains vont redoubler dans leur lycée ou dans un autre, d’autres vont être orientés vers un lycée technologique. Pour 80% d’entre eux, ce sont des élèves boursiers.

  3. Pour beaucoup, ces élèves étaient de bons élèves dans leur collège d’origine. Pour certains, ils ont même obtenu les félicitations en classe de 3ème. Quelle déception ! Quel échec !

  4. Une bonne part des élèves boursiers affectés en 2nde quittent alors l’établissement. Ils « libèrent » des places d’accueil qui permettent aux proviseurs de « choisir » de nouveaux élèves correspondant davantage à leurs attentes à l'entrée en classe de 1ère.

 

4 commentaires :

  • La mixité sociale au sens de l’utilisation d’AFFELNET par le Rectorat de Paris ne dure véritablement qu’une année dans la plupart des lycées (lycée Turgot mis à part).

  • Les « arrangements » de recrutement d’élèves ne s’effectuent plus pour la classe de 2nde mais se mettent en place pour la classe de 1ère.

  • L’absence d’accompagnement pédagogique des élèves les plus faibles affectés dans des établissements très demandés ne leur permet pas de rattraper leur retard tant au plan scolaire qu’au plan des méthodes ou de la capacité de travail.

  • AFFELNET suscite de l'espoir chez beaucoup d'élèves et leurs parents. Il les déçoit très vite pour beaucoup d'entre eux. AFFELNET génère ensuite des échecs scolaires et des réorientations forcées. Tout le contraire de la mission bienveillante qu'on pourrait attendre de l’Éducation nationale.

 

Au scandale des affectations d’AFFELNET s’ajoute un scandale pédagogique et social. Contre toute évidence, le Rectorat laisse croire que tous les élèves peuvent accéder à n’importe quel lycée et y suivre une scolarité sans heurt. C’est évidemment faux. Les données le montrent. Cela pourrait peut-être devenir une réalité si une politique volontariste de soutien pédagogique aux élèves les plus faibles était mise en place. Ainsi à cette condition, le lycée comme ascenseur républicain pourrait effectivement fonctionner.

AFFELNET semble davantage utilisé par le Rectorat de Paris pour gérer la pénurie de moyens plus que pour promouvoir véritablement la mixité sociale.

Pour rappel : le nombre de places en 2nde générale et technologique dans le district Paris-Est est insuffisant au regard du nombre d'élèves (40% des élèves pour 30% des places en classe de seconde à Paris) et le nombre d'élèves boursiers y est plus important que dans les autres districts.

De son côté, le Rectorat continue d’entretenir l’opacité la plus complète autour du dispositif d’affectation et ne se préoccupe aucunement du devenir des élèves boursiers au-delà de leur année de 2nde.

 

Cette situation ne peut plus durer.

Mobilisons nous.

Ne subissons plus, agissons !